Par Michel LEMAIRE Vice-président du CIDUNATI

Grande distribution : LA CASSE SOCIALE

On prétend que le petit commerce est corporatiste. En réalité, le débat poujadiste opposant le petit commerce à la grande distribution est dépassé, contrairement aux affirmations de certains « éminents » économistes !
Les premières victimes inconscientes de l'évolution actuelle sont les consommateurs qui devraient s'interroger sur l'avenir de leurs emplois, et ceux de leurs enfants.
la France est devenue le pays européen où le commerce de proximité détient la plus faible part de marché des circuits de distribution : 6% en France contre 16,5 au Royaume-Uni, 18,4% en Allemagne et plus de 35% en Italie.
Le débat sur la grande distribution est transversal. Aujourd'hui, nous sommes tous
concernés. Etudiants, retraités, fonctionnaires, professions libérales, paysans, commerçants, artisans et chefs d'entreprise sont sur le même bateau. Il s'agit là d'un véritable choix de société.
Un jeu dans lequel le « chacun pour soi » ne peut que conduire au naufrage collectif. Mais le capitaine et l'équipage regardent ailleurs. Et l'orchestre, inlassablement, continue de jouer "l'hymne à la consommation". Son unique partition….
. Plus ça va, plus c'est pire.
La France est le pays d'Europe, voire du monde, qui compte le plus grand nombre d'hypers et de supermarchés par habitant avec 16 084 points de vente dont près de 2000 hypers.
C'est incontestable ! Les richissimes groupes qui contrôlent la grande distribution ont prospéré dans un cadre législatif bâti sur mesure, avec la complicité d'élus parfois corrompus. Rappelons-nous l'affaire DESTRADE….
Cinq super centrales d'achats se partagent 93% de la distribution dans notre pays et ont pour ambition de se partager le marché européen.
Depuis 1973, les parlementaires de gauche ou de droite, ont consciencieusement et régulièrement alerté l'opinion et dénoncé avec justesse, (notamment lors de campagnes électorales) les pratiques dangereuses pour notre économie, de ces groupes monopolistiques. Ils vantaient alors les mérites et la nécessité du commerce de proximité.
Aujourd'hui les principales fortunes ne se situent plus dans la banque ou l'industrie mais dans la GRANDE DISTRIBUTION.
La grande distribution empoche des milliards d'euros de profits en toute impunité tout en
faisant croire aux consommateurs qu'ils réalisent des économies. Le système financier est bien rodé.
Si l'impressionnant parc immobilier de plusieurs millions de m² est bien visible sur le sol français, la véritable puissance financière de la grande distribution s'est en toute discrétion installée en dehors de nos frontières principalement en SUISSE.
Elle est ainsi à l'abri de tout contrôle, ce d'autant que la SUISSE ne fait pas partie de l'Union Européenne. Ce n'est donc pas un hasard si, par ces centrales, transitent des produits du monde entier, reconditionnés et diffusés en Europe, échappant ainsi quasiment à tout contrôle national.
Quelques exemples :
CARREFOUR-PROMODES 2ème mondiale 71 milliards d'euros de chiffre d'affaire. Sa centrale d'achats marchandises internationales avec sa filiale off shore Carrefour World trade est installée en SUISSE.
Ses enseignes sont Carrefour – Champion - Ed - Shopi, 8 à huit, Marché +, Proxi, Prodirest.
Franchisés et affiliés COOP ATLANTIQUE, GUYENNE ET GASGOGNE PROVENCIA.
Toutes ces enseignes que l'on présente comme des petits commerces de proximité sont en fait des marques contrôlées par CARREFOUR.
La grande distribution près de chez vous en quelque sorte !
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Le groupe LECLERC 7ème européen, 16ème mondiale 27.2 milliards d'euros de chiffre d'affaire.
LUCIE depuis 1998, la centrale d'achat du groupe est devenue en 2007 COOPERNIC, deuxième centrale d'achat au niveau européen. Elle regroupe les groupes COLRUYT belge, REWE allemand, CONRAD italien et COOP SUISSE.
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Le groupe CASINO qui regroupe Géant, Monoprix, Franprix, Leader price, Eco Service, Viva, Petit Casino. 28.3 milliards d'euros de chiffre d'affaire. Sa centrale d'achat EMC Distribution a installé une base de Pré-référencement à Lugano en SUISSE. Elle traite des services aux fournisseurs en partenariat avec le groupe AUCHAN, via IRTS (International Retrail and Trade service), située à GENEVE (SUISSE).
Le PDG Jean Charles NAOURI, énarque, ancien directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy, passé au monde de la banque et des fonds d'investissements, s'est offert grâce à une succession d'ingénieux montages financiers, l'un des plus gros groupes de distribution français.
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INTERMARCHE 38 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Sa centrale d'achat ALDIS, c'est aussi Ecomarché, Netto, Bricomarché, Logimarché, Roady, Vétimarché. devinez où elle est installée ? En SUISSE.
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AUCHAN 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires Certes, sa base est installée a Villeneuve d'Ascq, mais le groupe a créé l'Organisation internationale des d'achats (OIA) basée où ?… à GENEVE (SUISSE) et a participé à la plate forme Worl Retrail Exchange qui rassemble 16 distributeurs.
Le groupe comprend Auchan, Atac, Décatlon, Boulanger, Leroy Merlin, Kiabi, Norauto, Flunch, Saint Maclou.
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SYSTEME U 15 milliards d'euros de chiffre d'affaire Enseignes Hyper U, SUPER U. Les nouveaux commerçants, après 20 ans de slogan, ont dû vieillir comme tout le monde. Les nouveaux commerçants et Marché U, centrale d'achats commune avec LECLERC jusqu'en 2006, recherchent actuellement une structure européenne, on s'interroge : où s'installera-t elle ?…
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Ces titans pèsent à eux six 286 milliards d'euros. Or, leurs officines off shore échappent désormais au fisc, ainsi qu'à tout contrôle. Basés à GENEVE (Inter Marché, Leclerc, Carrefour, Auchan,) ou à Lugano (Casino), les guichets mondiaux des distributeurs français perçoivent leur dîme en toute discrétion.
C'est le référencement en cascade, technique qui veut que les industriels versent leur obole  à tous les niveaux INTERNATIONAUX, NATIONAUX et REGIONAUX.
Le service central de la prévention de la corruption déplorait dans son rapport consacré aux risques de dérives de la GRANDE DISTRIBUTION, le passage des flux financiers par des paradis fiscaux.
Consommateurs et petits commerces ne pèsent pas lourd dans cette monstrueuse machine financière. Les premiers sont là pour dépenser, les seconds pour disparaître quand ils ne peuvent plus «payer ».
En 37 ans, la grande distribution a créé une catastrophe sociale sans précèdent.
En terme d'emplois, les marques citées emploient environ 953.000 salariés à elles six, dont 425.000 à l'étranger. Sur les 528.000 emplois basés en France, les deux tiers sont précaires : CDD, Temps Partiel ; en outre la grande distribution bénéficie d'un nombre
considérable d'exonérations et de contrats aidés par l'Etat.
Bien que pour 1 emploi créé en grande surface, six disparaissent, l'artisanat et le commerce de proximité emploient près de 3 fois plus de salariés, la plupart du temps sans aides, avec peu d'exonérations et surtout sans cadeaux fiscaux.
Quant aux collectivités publiques, elles ne sont pas exemptes de tout reproche : elles ont été plus que généreuses en financement d'infrastructures, aides ou concessions pour accueillir ces usines à vendre, souvent même avec les fonds provenant du FISAC.
. Le miroir aux alouettes
EMPILEZ HAUT ET VENDEZ BAS, tel est le slogan de MARCEL FOURNIER inventeur du premier CARREFOUR (Sainte Geneviève des bois 1960), concept importé des Etats-Unis.
Edouard LECLERC faisait de même à CONCARNEAU.
En plus de la désertification, combien d'emplois ont été détruits par la grande distribution et combien d'autres le seront avec la mise en place des caisses automatiques : 200 000 à 400 000 emplois de caissières sont appelés à disparaître dans les cinq ans.
Quant à l'épicier de quartier, il devra faire face au nouveau concept, baptisé "magasin de convenience", qui fonctionne sans aucune intervention humaine. Ces "magasin de convenience" apparaissent çà et là au coeur de nos villes. Ils fleuriront bientôt dans nos campagnes. Ces énormes distributeurs automatiques n'ont besoin que de 35 m2 et de 5 m de vitrine pour trouver leur place dans notre paysage quotidien.
C'est la garantie, pour leurs exploitants, de ne pas débourser un seul centime en charges sociales. En deux ans, l'investissement est rentabilisé !
Combien de PME, industriels, petits commerçants, artisans, agriculteurs ont mis la clef sous la porte, et combien devront le faire demain ?
Nous sommes à l'aube d'un naufrage collectif. Mais le capitaine et l'équipage regardent ailleurs.
Combien d'entre nous seront sacrifiés sur l'autel du capital international ?
Le plus cruel, quand nous serons tous privés de notre travail et de nos entreprises, est que nos maigres subsides sociaux nous permettront à peine d'aller faire nos achats chez ceux qui seront responsables de notre perte, parce que nous ne pourrons pas faire autrement.
Alors, les quelques acteurs de la grande distribution pourront s'entendre pour nous imposer leurs prix, hors de tout contrôle.
Les maux sociaux sont connus, mais Il faut se faire une raison, aucun gouvernement ne s'attaquera à ces mastodontes. Et pour gagner du temps et faire illusion, on légifère, encore et encore.
L'opinion est trompée, les rapports se multiplient sur les bienfaits de la grande distribution quant au pouvoir d'achat mais on oublie que le mal est ailleurs : la grande distribution coûte très cher en termes sociaux à la collectivité au seul profit de ses concepteurs, pieuvre tentaculaire, la grande distribution ne fait pas le bonheur des citoyens.
Délocalisations, importations massives, prix très élevés sans aucune justification, les grandes surfaces qui représentent 80% des ventes de produits alimentaires en France, écrasent tout sur leur passage.
Boulimique, cette ogresse est omniprésente et contrôle tout, Presse, radio, télévision, médias, sport, rien ne se fait sans son accord. Même les banques plient devant elle.
Elle dispose d'une puissante fédération, qui agit par lobbying et constitue un véritable syndicat. Son Président Jérôme Bédier n'est autre que le Président de la commission
Europe du MEDEF.
Plutôt que de laisser le champ libre aux grandes surfaces, il faut au contraire des lois courageuses pour encadrer sévèrement leur activité.
En préconisant la libéralisation de l'ensemble des relations commerciales, en faisant table rase du droit des pratiques restrictives de concurrence ou d'abus de position dominante, le rapport ATTALI favoriserait la casse sociale. Il aurait des effets désastreux sur le commerce de proximité, déjà lourdement touché par les pratiques de la grande distribution rendues possibles par l'insuffisance ou l'absence d'application des règles existantes.

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